« JE SUIS UNE VICTIME DES ÉGLISES ÉVANGÉLIQUES »

« JE SUIS UNE VICTIME DES ÉGLISES ÉVANGÉLIQUES »

Note du SENS

Ce texte est publié dans le cadre de la mission du SENS (Service d’Entraide Socio-spirituelle), qui accompagne la réflexion éthique, spirituelle et citoyenne dans l’espace francophone.
Les opinions exprimées ici n’engagent que leur auteur, mais elles s’inscrivent dans une volonté de dialogue constructif entre foi et société.

✉ Pour toute réaction ou correspondance : stpbeaubrun@gmail.com

Le phénomène croissant des plaintes

De nombreuses voix brisent de plus en plus le silence pour exprimer les abus dont elles estiment avoir été victimes dans les Églises évangéliques. Cette recrudescence de plaintes et dénonciations s’intensifie en raison de certains incidents et discours regrettables qui secouent actuellement le milieu évangélique et enflamment les réseaux sociaux. Bien entendu, ces situations ne font qu’alimenter les influenceurs, toujours en quête de sujets d’actualité, prêts à intervenir dans tous les domaines et à donner des leçons sur tout. Les fans, friands de ces sujets sensationnels, les consomment, les prennent pour argent comptant et relaient avec engouement les opinions diffusées, sans remise en question.

Confession personnelle et appel à la lucidité

En tant que croyant évangélique depuis plus de trente ans, je déplore les mauvais agissements de nombreux frères, sœurs et leaders du milieu protestant. Certaines personnes ayant quitté l’Église avancent souvent des faits qui attestent qu’elles ont effectivement été victimes de nos mauvaises attitudes, paroles et actions. J’en souffre profondément. Je souhaite leur présenter, au nom de notre communauté, mes sincères excuses. Je dois également reconnaître qu’elles ne sont malheureusement ni les seules ni les dernières victimes des torts causés au sein de la famille évangélique. Je suis presque certain que la majorité des croyants et croyantes qui lisent ce texte ont également des raisons de se plaindre de certaines choses ou personnes au sein de leurs Églises locales.

Une communauté d’êtres imparfaits

L’Église est une communauté de personnes imparfaites qui ont choisi de suivre Jésus-Christ. Certes, Christ s’attend à ce que ses disciples progressent dans la sanctification, mais il sait pertinemment qu’ils n’atteindront jamais la perfection sur terre. C’est pourquoi le Nouveau Testament leur recommande : « Supportez-vous les uns les autres, exhortez-vous les uns les autres, pardonnez-vous les uns les autres, aimez-vous les uns les autres », pour ne citer que ces recommandations. Les Saintes Écritures reconnaissent que nos frères et sœurs dans la foi ne sont pas parfaits. Nous pouvons tous avoir des raisons de nous plaindre. Néanmoins, elles nous encouragent à cultiver le soutien mutuel, le pardon réciproque et l’amour fraternel pour vivre ensemble en harmonie.

Nous sommes tous, à un moment ou à un autre, victimes et fautifs

Nous devons également reconnaître que nous ne sommes pas parfaits non plus. Nous pouvons être victimes, tout comme nous pouvons, parfois sans en avoir conscience, faire des victimes. Toutefois, chaque personne a un seuil de tolérance par rapport aux torts qu’elle peut supporter, que ce soit dans un milieu ecclésial ou dans tout autre environnement. Il arrive que des personnes qui quittent l’Église expliquent ou justifient leur départ par les torts subis. Dans ces cas, l’Église locale doit les écouter, les aimer, leur demander pardon pour les torts causés et chercher à réparer ces préjudices dans la mesure du possible. Elle doit également prier pour leur retour et, si possible, aller les chercher. En outre, l’Église a le devoir de mettre en place des dispositifs pour prévenir les récidives.

Mon vœu, en tant que croyant, serait que ces préjudices n’aient jamais été commis et, dans le cas où ils l’auraient été, que les victimes puissent exprimer leur mécontentement tout en restant dans l’Église, ou changer d’assemblée locale si nécessaire, mais sans abandonner l’Église ni la foi chrétienne. Cependant, chacun est libre et responsable de ses choix. Nous ne pouvons que conseiller avec amour, sans rien exiger.

Quand partir de l’Église ne signifie pas être victime

Cependant, il serait erroné de penser que tout départ de l’Église est forcément dû à une injustice. Toutes les personnes qui quittent l’Église ou en sont exclues ne sont pas nécessairement des victimes. Les membres de l’Église ont la liberté de partir si les valeurs ecclésiales ne leur conviennent plus ou s’ils ne se sentent plus disposés à obéir aux normes et règlements de l’Église. Certains croyants peuvent également rechercher des intérêts et privilèges incompatibles avec leur statut de membres, et décident alors de quitter l’Église. C’est leur droit le plus entier. De même, comme toute institution, l’Église a le droit de sanctionner les membres qui enfreignent ses normes et, en cas de persistance, de les excommunier. Dans ces situations, les personnes qui ne fréquentent plus l’Église ne doivent pas être considérées comme des victimes.

Dans le concert actuel de dénonciations et de plaintes, certains vont jusqu’à reprocher à l’Église de les avoir sanctionnés pour avoir agi en contradiction avec ses enseignements ou de les avoir aidés à adopter un comportement en adéquation avec les valeurs chrétiennes. Par exemple, un homme se plaint que l’Église l’a sanctionné après avoir mis enceinte une jeune femme en dehors du mariage. De même, une femme regrette d’avoir eu sa première relation sexuelle à 18 ans, parce que l’Église prêche la continence avant le mariage, et se lamente de ne pas avoir commencé plus tôt.

Distinguer entre discipline et abus

L’Église est une institution biblique millénaire, avec sa propre nature, sa mission et ses principes. En rejoignant la communion ecclésiale, on adhère à ses valeurs, sa vision et ses normes. Il est injuste de critiquer l’Église pour avoir appliqué une discipline qui est, de surcroît, connue de tous les membres et même des non-croyants. Les membres doivent se conformer aux règlements de l’institution tant qu’ils en font partie. Ce n’est pas à l’institution de modifier sa nature et ses valeurs pour satisfaire tout le monde.

L’encadrement n’est pas la raison de rester fidèle

Il est fréquent d’entendre citer le manque d’encadrement comme un motif d’abandon de l’Église, notamment chez les artistes. L’encadrement est multidimensionnel, mais les plaintes se concentrent principalement sur l’aspect socio-économique. Nous déplorons que l’Église n’ait pas toujours les moyens nécessaires pour fournir ce type d’encadrement, et, dans certains cas, n’ait pas fait tout ce qui était possible avec les moyens dont elle disposait.

Cependant, bien que l’Église doive encourager l’entraide sociale conformément aux enseignements du Nouveau Testament, il est important de reconnaître qu’elle ne pourra jamais satisfaire tous les membres dans le besoin, surtout dans un pays comme le nôtre où les besoins sont immenses et les opportunités limitées. Un membre, quels que soient ses dons ou talents, peut donc choisir de quitter la communauté ecclésiale pour rechercher des opportunités ailleurs. Dans ce cas, l’Église n’en est pas responsable.

Il est également important de souligner que tous ceux et celles qui restent dans l’Église ne le font pas en raison d’un encadrement socio-économique. Par exemple, j’ai travaillé dans l’Église dès mon jeune âge sans jamais recevoir de rémunération ou d’aide économique. Bien que je fasse partie de la majorité des membres qui ont besoin de soutien tout en étant dans la minorité de ceux qui se consacrent à leur ministère chrétien, je n’ai jamais attendu de soutien financier de l’Église. De plus, j’ai moi-même subi certains torts, comme de nombreux autres croyants, mais l’idée d’abandonner l’Église ne m’a jamais traversé l’esprit. Heureusement, mon expérience n’est pas unique ; c’est le lot de la quasi-totalité des croyants en Jésus-Christ. Heureux sont ceux et celles qui persévèrent jusqu’à la fin.

L’Église ne peut pas retenir tout le monde

Dans l’axe horizontal interne de sa mission, l’Église a la responsabilité d’enseigner et d’édifier ses membres jusqu’à ce qu’ils atteignent l’unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, la maturité spirituelle et la stature parfaite de Christ (Éphésiens 4.11-15). Toutefois, cela ne garantit pas que tous les membres persévéreront jusqu’à la fin. Christ lui-même a averti que les graines de l’Évangile ne tomberaient pas toutes sur des terrains fertiles, et que certains croyants ne tiendraient pas face aux difficultés (Luc 8.4-15). Jean explique que plusieurs quitteront l’Église (1 Jean 2.19), et Paul ajoute que certains abandonneront la foi (1 Timothée 4.1). Ainsi, les Églises locales ont toujours connu et connaîtront toujours des défections parmi leurs membres. Il n’est donc pas surprenant qu’un croyant quitte une Église locale.

Un appel à la fidélité et à la fermeté

Suivre Jésus-Christ n’a jamais été facile (Matthieu 16.24). Les croyants doivent s’attendre à faire face à des critiques diverses sans se laisser ébranler. Ils doivent rester fermes tout en s’efforçant de mieux servir le Seigneur, en sachant que leur travail ne sera jamais vain (1 Corinthiens 15.58).

Quand le monde glorifie l’apostasie

Les détracteurs de la foi n’ont jamais eu de répit, et ils n’en auront jamais. Pour illustrer ce phénomène, prenons un exemple actuel qui peut prêter à sourire : deux jeunes compatriotes abandonnent la foi chrétienne pour retourner au vaudou. Les adversaires de la foi se réjouissent et encensent ces jeunes comme des personnes intelligentes. En revanche, Franckétienne, l’un des représentants les plus éminents de l’élite intellectuelle haïtienne, exprime son opinion sur le vaudou – opinion partagée par la majorité des vodouisants eux-mêmes – et se déclare christique, c’est-à-dire disciple du Christ sans forcément pratiquer la religion chrétienne. Brusquement, il est qualifié d’esclave mental de l’Occident et de traître à la patrie. Ainsi, dans certaines opinions, il est intelligent de rejeter le Christ, et stupide de croire en lui. Quelle absurdité ! Mais c’est bien là l’esprit du monde.

Rester fidèles, malgré tout

Donc, chers frères et sœurs, ne nous berçons pas d’illusions : le monde préfère ce qui est à lui. Il n’a pas aimé le Christ, et il ne nous aimera pas davantage (Jean 15, 18-19). Toutefois, il est de notre responsabilité de maintenir une bonne conduite parmi les non-croyants, afin que, même si nous sommes calomniés comme si nous faisions le mal, ils puissent reconnaître notre belle manière d’agir et rendre gloire à Dieu le jour où il interviendra (1 Pierre 2, 12).

Saint-Pierre BEAUBRUN
Directeur du SENS
📧 stpbeaubrun@gmail.com
📅 17 août 2024

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