
L’étude et l’interprétation des Saintes Écritures constituent pour le croyant un privilège inestimable et une responsabilité solennelle.
Dans une époque où les voix se multiplient, où la Parole de Dieu est parfois déformée, minimisée ou instrumentalisée, il est urgent de revenir à une lecture fidèle et éclairée de la Révélation divine.
L’interprétation, un devoir pour tous les croyants
Il faut le dire sans détour : l’interprétation des Écritures n’est pas une compétence réservée à une élite de théologiens ou aux seuls ministres de l’Évangile. Elle est l’affaire de tout disciple de Jésus-Christ.
Comme Esdras — qui « avait appliqué son cœur à étudier la loi de l’Éternel, à la pratiquer et à enseigner » (Esd 7, 10) —, chaque croyant est appelé à ouvrir la Parole avec sérieux, à la sonder avec persévérance et à l’appliquer avec fidélité.
Car on ne peut obéir à la Parole sans la comprendre, et on ne peut la comprendre sans l’avoir interprétée.
De plus, la plupart d’entre nous, un jour ou l’autre, se retrouveront dans la position de Josué, Bani, Chérébia et de leurs compagnons au temps de Néhémie (Ne 8, 8), ou encore de Philippe face à l’eunuque éthiopien (Ac 8, 31-34) : expliquer clairement le sens des Écritures à une autre personne.
Pour beaucoup, cette tâche surgira de manière inattendue, dans un échange fraternel ou au détour d’une conversation spirituelle.
La véritable question n’est donc pas : Faut-il interpréter la Bible ? — car la réponse est déjà oui — mais plutôt : Quelle interprétation donnerons-nous quand le moment viendra ?
Ce choix, conscient ou non, influencera non seulement notre propre marche spirituelle, mais aussi celle de ceux qui recevront notre enseignement.
Les conséquences de la mésinterprétation
L’histoire biblique et l’histoire de l’Église nous avertissent des conséquences dramatiques d’une mauvaise interprétation.
La nation juive, au premier siècle, a rejeté le Messie annoncé par les prophètes, en partie à cause d’une lecture erronée de l’Ancien Testament.
Les exemples abondent au fil des siècles :
· Au Moyen Âge, certaines croisades furent justifiées par des lectures décontextualisées de passages tels que le Psaume 137, 9, servant à légitimer massacres et violences[1].
· À l’époque moderne, des colons européens utilisèrent l’ordre donné à Josué de conquérir le pays de Canaan pour justifier la spoliation des terres des peuples autochtones.
· Au XXe siècle, l’idéologie nazie s’est appuyée sur Matthieu 27, 25 pour légitimer la persécution des Juifs, déformant gravement le message de l’Évangile[2].
Ces exemples montrent que la mésinterprétation peut être commise par ignorance sincère, mais aussi, et de façon plus tragique, par manipulation volontaire, au service d’intérêts politiques, économiques ou idéologiques.
Dans tous les cas, elle produit des dégâts considérables : divisions, hérésies, injustices et parfois même violences extrêmes.
Un danger toujours présent
On pourrait penser que ces erreurs appartiennent au passé. Pourtant, nos Églises contemporaines ne sont pas épargnées.
Dans les chaires, sur les réseaux sociaux, dans les groupes d’étude biblique, des interprétations approximatives ou erronées continuent de circuler.
Certains prédicateurs ou enseignants, parfois sincères et zélés, mais insuffisamment formés, transmettent des lectures inexactes qui induisent les fidèles en erreur.
D’autres, mus par l’orgueil ou le désir de pouvoir, tordent volontairement les Écritures pour imposer leurs propres vues.
L’apparition récente de multiples « prophètes » et « apôtres » autoproclamés a amplifié cette tendance : messages spectaculaires mais mal fondés, prédictions hors contexte et usage abusif de textes bibliques pour soutenir des doctrines nouvelles.
Certains, comme les disciples de Jean-Baptiste à Éphèse (Ac 19, 1-7), n’ont même pas entendu dire qu’il existe des règles d’interprétation — l’herméneutique — et interprètent à tort et à travers.
Fort heureusement, d’autres, bien qu’ignorant ces règles, en appliquent instinctivement quelques-unes, un peu comme M. Jourdain qui faisait de la prose sans le savoir. Sans cette grâce de Dieu, la situation serait probablement bien plus catastrophique.
Face à cette réalité, deux questions s’imposent :
· La mauvaise interprétation des Écritures ne conduit-elle pas à l’égarement de nombreuses âmes ?
· Le Corps de Christ ne gagnerait-il pas à former tous ses ministres et membres à une interprétation juste et équilibrée ?
Les Écritures nous exhortent clairement :
« Combattez pour la foi qui a été transmise aux saints une fois pour toutes » (Jude 3).
« Efforce-toi de te présenter devant Dieu comme un homme éprouvé, un ouvrier qui n’a pas à rougir, qui dispense droitement la parole de la vérité » (2 Tm 2, 15).
« Veille sur toi-même et sur ton enseignement » (1 Tm 4, 16).
Ces appels pressants montrent que l’herméneutique n’est pas un luxe académique, mais une nécessité spirituelle et pastorale.
Former à l’interprétation, c’est protéger la foi, prévenir l’erreur, et favoriser la croissance spirituelle de toute la communauté.
L’engagement du SENS
C’est dans cette conviction que le Service d’Entraide Socio-Spirituelle (SENS), fidèle à sa mission d’édification du Corps de Christ, a commencé très tôt, après sa fondation en décembre 2003, à présenter, en présentiel à Carrefour, des séminaires sur l’herméneutique : deux en 2004, puis, à la demande, en 2011, 2012 et 2017.
L’atelier d’herméneutique que nous tenons aujourd’hui via la plateforme Zoom s’inscrit dans la même perspective. Comme vous l’avez vu, le thème retenu est :
📖 Dieu a parlé… mais avons-nous bien compris ?
🔍 L’enjeu de l’herméneutique pour le croyant.
Les conditions actuelles ne nous permettent pas d’organiser comme d’habitude un séminaire en présentiel de deux jours, au cours duquel nous aurions pu vous initier aux principales règles d’interprétation biblique. L’ambition de cet atelier est donc plus modeste.
Il s’agit ici de proposer une réflexion sur l’importance de l’herméneutique pour les croyants. Sans entrer dans les aspects techniques de la discipline, notre but est de souligner pourquoi les croyants et les ministres chrétiens ont besoin de connaître les règles de l’interprétation afin de rester fidèles au message de Dieu.
Oui, « Dieu a parlé », car nous avons la Bible. La plupart d’entre nous l’ont même lue ou entendue prêcher. Mais avons-nous bien compris ?
Dans ce contexte, le mot enjeu désigne l’importance, la portée ou la signification profonde d’un sujet. Il attire votre attention sur ce qui est en jeu, ce qui est essentiel ou déterminant.
Cette intervention, et celles qui vont suivre, ont pour but de montrer :
→ ce que représente l’herméneutique pour la vie de foi,
→ pourquoi elle est indispensable,
→ et quelles conséquences peut avoir son absence ou sa négligence.
« Comme un voyageur qui se prépare à franchir des terres inconnues, l’interprète biblique doit connaître la carte, la boussole et les repères qui le guideront vers le sens authentique des Écritures ».
« Lire la Bible sans préparation, c’est comme naviguer sans boussole : on risque de s’égarer, même en ayant les meilleures intentions. »
Le SENS s’associe aux paroles de Paul en affirmant : « En tout cas, nous ne sommes pas comme tant d’autres qui accommodent la Parole de Dieu pour en tirer profit ; c’est avec des intentions pures, de la part de Dieu, dans l’union avec le Christ que nous annonçons la Parole » (2 Co 2, 17).
Puisse notre Père céleste utiliser cet atelier pour sa gloire, afin que chacun de vous soit fortifié dans la vérité et marche avec assurance dans la lumière de sa Parole.
Bonne écoute et bonne participation !
Saint-Pierre Beaubrun
Directeur du SENS
📧 stpbeaubrun@gmail.com
16 août 2025
SENS propose des formations certifiées et personnalisées en herméneutique. Si vous souhaitez approfondir vos connaissances dans ce domaine, contactez-nous.
[1] Au XIIᵉ siècle, un croisé invoqua le Psaume 137,9 — « Heureux qui saisit tes enfants et les écrase contre le roc ! » — pour justifier le meurtre d’enfants « infidèles ». Les croisades, menées par l’Église catholique au Moyen Âge, visaient d’abord à reprendre aux musulmans les territoires et lieux saints du christianisme, puis à combattre ceux qui contestaient ses dogmes. Ces guerres furent marquées par des massacres indiscriminés d’hommes, de femmes et d’enfants, comme lors de la croisade contre les Albigeois lancée par le pape Innocent III au début du XIIIᵉ siècle.
[2] Le nazisme, idéologie totalitaire et raciste définie par Adolf Hitler, prônait la « purification » de la race germanique et l’unification de ses membres dans un seul État. Accusant les Juifs d’être responsables du désastre économique et de propager des idéologies « néfastes » comme le marxisme ou le libéralisme, Hitler fit de leur élimination une priorité politique. Cette idéologie expansionniste mena à la Seconde Guerre mondiale et s’acheva avec la défaite de l’Allemagne nazie en 1945.
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