
De nos jours, certains courants de pensée dominants sont spontanément qualifiés de progressistes ou modernes. Ce label tend à englober un ensemble d’idées ou de revendications telles que l’avortement libre, l’euthanasie, le mariage entre personnes de même sexe ou encore l’athéisme militant. À l’inverse, ceux qui expriment des positions divergentes sur ces sujets sont souvent disqualifiés à l’aide de termes tels qu’archaïques, conservateurs, réactionnaires ou fondamentalistes. Ainsi, intimidées, certaines personnes – notamment croyantes – hésitent à exprimer leur position dans des sociétés sécularisées.
Or, une telle dichotomie repose sur une confusion entre nouveauté sociale et progrès moral. En effet, en quoi le fait d’autoriser, au nom de la liberté individuelle, des relations incestueuses consenties entre un frère et une sœur, ou des relations sexuelles entre un être humain et un animal, relèverait-il du progrès ? De même, affirmer qu’une posture athée est plus progressiste qu’une croyance religieuse pose problème si l’on ne précise pas les critères selon lesquels on définit ce progrès.
Il serait plus juste de considérer certaines idées comme plus récentes que d’autres, en termes d’apparition ou de diffusion sociale, sans pour autant leur attribuer automatiquement une valeur supérieure. Par ailleurs, certaines pratiques considérées aujourd’hui comme « nouvelles » ont en réalité des racines très anciennes. Les récits bibliques évoquent, par exemple, une homosexualité institutionnalisée dans les cités de Sodome et Gomorrhe, bien avant notre ère. De même, le cylindre de Cyrus, datant du VIᵉ siècle avant J.-C., contient des principes comme la liberté religieuse ou l’abolition de l’esclavage, bien antérieurs à leur reconnaissance dans l’histoire moderne de la France ou des États-Unis.
Ces exemples invitent à manier avec prudence les concepts de modernité et de progrès, souvent mobilisés pour légitimer certaines idéologies et disqualifier les oppositions. Il est parfaitement possible de défendre des positions critiques à l’égard de certaines normes sociales contemporaines tout en demeurant ouvert au dialogue, rationnel, et ancré dans la modernité. À l’inverse, on peut parfaitement adhérer aux idéologies dominantes de notre temps sans incarner, pour autant, l’esprit critique ou le véritable progrès.
Il serait erroné de croire que toute innovation sociale est un progrès, ou que toute pensée antérieure est obsolète.
Saint-Pierre BEAUBRUN
📅 8 juin 2025
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